Peur de voir, peur de comprendre, peur de toucher. Conjurer la peur de voir avec des mots (découverte du jardin) et celle de comprendre en passant des mots (un conte) aux constructions (des fourmis-pierres) ont été les objectifs précédents et celle de toucher en mettant la « main à la terre », est l’objectif de cette séance. Souvent en classe, on découvre intellectuellement le monde et on fait naître l’envie de s’y rendre. Trop souvent cette envie ne se réalise pas. Aller dehors, c’est la concrétiser en y plongeant le corps et les mains.
Préalable
L’été 2026 fut très très chaud. En conséquence, la terre était très sèche et très compacte. Difficile d’y creuser. Préalablement à l’arrivée des élèves, nous avons préparé le terrain en le retournant à la bêche sur une dizaine de centimètres.
Avec eux, tous assis dans l’herbe, nous avons ressenti le monde extérieur. En évoquant un sens, chacun a évoqué les sensations qu’il percevait. Le vent, les bruits, la chaleur du soleil, des odeurs, … ont caractérisés le lieu autrement qu’à travers les comestibles que nous venions y chercher et se sont faits connaître à tous dans les mots de chacun.
Travaux pratiques
Principalement, nous étions venus pour la récolte des pommes de terre. Trois kilos avaient été plantés par la classe de 4ème de l’année précédente. Mais le chaud et la sécheresse ayant fortement compacté le sol, le résultat fut de moindre ampleur : kg.
Curiosité, étonnement, plaisir de trouver, comparaison des tailles, persévérance dans la recherche, mains dans la terre, surprises grouillantes et entortillées, … on passa des comestibles aux vers de terre et autres araignées sauteuses sans le moindre problème.
Résultats
Les images montrent une activité intense de plus de trois quarts d’heure faite de l’émotion des trouvailles de tous genres.
Finalement
La récolte ne fut pas mauvaise non seulement parce que tous ont trouvé des pommes de terre, mais aussi tous ont été très curieux, patients et parce qu’avec vingt personnes sur chaque petite parcelle, tous ont su partager avec leurs camarades sans heurts des émotions intenses.
Suite à la précédente sortie au jardin, pendant laquelle nous avons pu découvrir des plantes, mais aussi, presque par hasard, des fourmis, nous avons décidé d’approfondir quelque peu le sujet.
Préalable
À l’arrivée au Muzoo, tous assis sur les bancs de la petite « place de lecture », les élèves ont pu écouter un conte sur les fourmis mettant en évidence leur vie sociale et l’entraide qu’elles se fournissent1. Le texte du conte est disponible ici : Fourmis.
Travaux pratiques
Parvenus dans le haut du Muzoo, tous autour d’une grande table en pierre, les élèves se sont vus confier la mission de reproduire le train de fourmis du conte.
Pour cela, il a fallu comprendre de quoi était faite une fourmi. Un dessin en comprenant les principaux éléments : tête, thorax, abdomen, pattes et antennes, a été présenté avec en regard une fourmi créée à l’aide de pierres et de morceaux de bois.
Référence inconnue (fairuse)
L’objectif était alors pour chacun de créer leur fourmi avec de petites pierres amenées pour l’occasion, des branchettes ramassées par terre ou d’autres éléments équivalents. Puis, de la mettre dans une colonne évoquant le petit train.
Résultats
Les images suivantes présentent le choix des éléments, la construction et finalement la diversité des fourmis réalisées par les élèves. Certaines images sont cliquables pour les agrandir.
Choix et préparationDétails et imprécisionsRésultat final, gauche, droite et ensemble
Finalement
Il a été très intéressant de constater que la présentation d’un schéma complexe et sa lecture visuelle ne suffisent pas à des élèves de 3ème à s’en faire une représentation correcte. En effet, malgré la présence du schéma et de sa représentation avec des cailloux sur la table, quelques uns ont représenté leur fourmi avec seulement deux éléments pour le corps, parfois uniquement quatre pattes et parfois six, mais accrochées à chaque élément du corps. Quant au éléments corporels, malgré de bonnes capacités en énumération, la manière de prendre des cailloux plus ou moins gros, soit deux ou trois dans la main, a pu influencer le décompte final.
Parallèlement, plusieurs élèves, ont présenté une maîtrise schématique assez importante pour aller au-delà d’une représentation correcte en imaginant des pattes fleuries ou un corps fait de pives, par exemples. Cela avec des variations artistiques bienvenues.
Quoi qu’il en soit, évidemment la réalisation de ces fourmis concrètes et leur placement dans la file du train par hasard en diagonale de la table (avec quelques exception), a été faite avec enthousiasme et sérieux par tous les élèves. Au final, avec quelques fourmis aux alentours de la file, c’est une belle représentation de ce qu’on peut effectivement observer directement dans la nature.
Voir l’excellent ouvrage « Combattre, sauver, soigner Une histoire de fourmis » Erik T. Frank, 2026, CNRS EDITIONS ↩︎
Lors de la dernière séance avec la classe de 4e Harmos, l’objectif était de : Revoir le jardin avec des mots.
On commence exactement de la même manière avec une nouvelle classe d’enfants plus petits, en 3ème. Mais, à cet âge, les difficultés n’étaient pas d’écrire des mots, ou même des phrases, mais simplement de les dire. L’objectif était donc de :
Voir le jardin avec des mots.
Travaux pratiques
Arrivés sur place, tous entourent la parcelle de jardin ensemencée par leurs prédécesseurs de 4ème. Puis, certains tentent de dire quelque chose sur ce qu’ils voient. « Il y a des carottes » est la première phrase qui surgit. Parce qu’on voit des carottes ? Parce que sur un panneau est écrit le mot « carottes » ? Non, parce qu’une image de carotte y figure. Mais, à la question « Où sont les carottes ? », aucune réponse n’est donnée. Même résultat pour les pommes de terre et soudain : « De la sauge ! ». Pointant un gros bosquet : « Ma maman en a aussi. » et d’en cueillir un bouquet pour lui montrer. « Et ça, qu’est-ce que c’est ? ». « Mets ton nez dessus et sens ». « De la lavande ? ». « Oui ». Beaucoup viennent sentir, puis plusieurs en font spontanément un bouquet. « Et cette immense feuille ? » Réponse admirative d’un petit bonhomme « De la rhubarbe … !!!! ».
« Et des fraises, il y en a ? », « On peut manger la sauge ? », « Et la lavande ? », « Là, sur l’arbre, c’est des fraises ? », … Tout devient objet de curiosité et l’inquiétude d’un lieu inconnu, fait place à la curiosité la plus grande.
Puis, « on s’assoit à l’ombre d’un noisetier dans l’herbe (s’asseoir dans une herbe relativement haute n’est pas évident pour tous) et chacun regarde de ce point de vue au dessus du jardin » (c’est exactement ce qu’on a fait à la dernière séance des 4ème année, d’où est tiré la citation).
Si le constat est le même, certains ont quelques craintes, finalement tous le font. Et de la botanique, on passe à la zoologie. Assis dans de hautes herbes, le monde des insectes se dévoile. « Qu’est-ce que tu viens de voir ? » « Une cocccinez », « J’ai eu peur ! » La coccinelle se déplace au bout du doigt de l’enseignant, s’arrête, sort ses ailes sous les yeux médusés de deux enfants et … fonce sur l’un d’eux. « Hi, hi », mais elle disparaît, alors qu’au même instant, l’autre pointe du doigt une fourmi sur son pantalon. Passée au bout du doigt de l’enseignant, intimidés tous deux la regardent explorer son milieu et s’en aller sur l’herbe.
« Mais quel est cet arbre bienvenu qui vous fait de l’ombre ? » L’enseignante montre alors deux noisettes sur l’arbre. « Un noyé entend-on faiblement ». « Un noisetier, qui fait des noisettes, qui en sont les fruits » et on parle de différents fruits.
Résultats
Aujourd’hui, se retrouver immergé dans la nature n’est pas une évidence pour beaucoup. Arriver au jardin pour le voir et le décrire de près, mais sans y entrer, permet de dissiper la peur par l’entremise des mots. Décrire est rassurant. Cela permet de s’approprier un monde inconnu.
Deux comportements ont montré que la phase préalable à l’entrée dans la nature qu’est le jardin permet de transformer la peur de la nature en bienveillance pour ses habitants :
après l’évocation des plantes du jardin, facilitée par la connaissance préalable de certains élèves, s’asseoir dans l’herbe n’a pas vraiment posé de problème. Mieux, la présence d’une multitude d’insectes, appelant des regards interrogatifs vers les enseignants, a été source de curiosité parce que les enseignants en ont montré l’intérêt que bien des parents aujourd’hui n’expriment pas.
Le hasard a voulu qu’un peu avant de quitter les lieux un enfant appelle les autres à voir plusieurs fourmis sur une pierre. Et l’enseignante, au lieu de ne faire que constater le fait, a demandé aux enfants de retourner la pierre.
Aucun élève n’a alors montré une quelconque appréhension. Tous ont voulu voir un spectacle qui en valait la peine : plein de fourmis s’occupant d’œufs, clairement visibles. De petits être qu’ils n’osaient toucher, mais qu’ils voulaient voir et sur lesquels ils posèrent leurs mots : « fourmis rouges », « non, noire », « elles portent des points blancs », « elles courent partout », …
Finalement
La conclusion de la dernière sortie de la classe précédente de 4ème était celle-ci :
« Cette sortie conclut une année de sorties dehors par le constat renouvelé qu’aujourd’hui les enfants craignent moins les voitures que le insectes, qu’ils connaissent mieux les marques des premières qu’ils ne sont curieux des seconds. L’extérieur et la nature sont souvent pour eux synonyme de craintes et la curiosité qu’ils manifestent pour les tablettes ou autres smartphones avec lesquels ils peuvent jouer, s’amenuise hors du bitume des cours de récréations qui, même végétalisées, ne leur font pas mettre les pieds et les mains dans la terre. »
Seul prendre le temps de voir, de nommer, d’explorer la nature peut leur faire reprendre goût au monde naturel qui les entoure. Constater l’existence d’un monde sous les pierres nécessite de ne pas avoir peur de les soulever, d’oser regarder, laisser le regard au milieu de bestioles grouillantes pour se demander pourquoi, elles, elles ont peur.
Arrivés sur place, on s’assoit à l’ombre d’un noisetier dans l’herbe (s’asseoir dans une herbe relativement haute n’est pas évident pour tous) et chacun regarde de ce point de vue au dessus du jardin ce qui a changé depuis notre dernière visite. Ensuite, chacun présente un changement.
Ensuite, mission leur est donnée, sur une feuille posée sur un sous-main, d’écrire trois phrases, qui ne se limitent pas au sujet et au verbe, exprimant d’autres changements.
Résultats
Il est toujours difficile pour les élèves de s’imposer le calme nécessaire pour bien écrire. En effet, cela suppose de décider de s’asseoir pour écrire. Or, paradoxalement, le faire dans l’herbe n’est pas naturel. Plusieurs ont donc choisi de s’éloigner quelque peu du jardin pour se poser sur les escaliers. Le constat d’une élève venue en robe légère, mais avec des bottes en plastique, et qui écrit tous ses textes sur le goudron interroge réellement dans le cadre d’une classe dehors.
Voici les textes écrits spontanément, mais toujours avec une grande application.
Cette sortie conclut une année de sorties dehors par le constat renouvelé qu’aujourd’hui les enfants craignent moins les voitures que le insectes, qu’ils connaissent mieux les marques des premières qu’ils ne sont curieux des seconds. L’extérieur et la nature sont souvent pour eux synonyme de craintes et la curiosité qu’ils manifestent pour les tablettes ou autres smartphones avec lesquels ils peuvent jouer, s’amenuise hors du bitume des cours de récréations qui, même végétalisées, ne leur font pas mettre les pieds et les mains dans la terre.
Cela devait être une sortie dehors un peu particulière. Elle l’a été de manière inattendue.
Après une période chaude, à l’évocation des sensations passées ressenties à la piscine, nous avons décidé d’aller plus loin (voir Dehors « Les sens » et Dehors « Les mots des sens ») dans la compréhension du mot « sens » et d’introduire celui de « sensation ». Sentir, ressentir, sens et sensation sont des mots proches auxquels il faut donner un sens.
Si nos sens nous permettent de sentir d’éprouver quelque chose, qu’en est-il de notre ressenti. Ressentir, n’est-ce pas en plus de sentir, juger, prendre position ? Volontairement ou pas, nous associons à nos sens des points de vue, des jugements qui nous permettent de passer d’un constat : le sens, à une affection : la sensation.
Ainsi, nous avions prévu d’utiliser la piscine pour éprouver les sensations. Au pieds nus sur le goudron pouvait s’opposer ceux-ci sur l’herbe. La chaleur du soleil sur la tête pouvait être mieux ou moins bien ressentie que l’ombre fraîche des arbres ou le bruit de la route adjacente pouvait énerver plus que celui des enfants jouant dans le parc voisin.
L’idée était d’en discuter, de mettre des mots sur les sensations et de le comparer avec celles des autres pour en constater clairement le point de vue relatif à chacun.
Travaux pratiques
Rien ne se déroula comme prévu, car le temps s’étant fortement dégradé, des parents nous ont questionnés sur l’opportunité de se rendre à la piscine et ce n’est qu’avec la garantie que leur enfant ne serait pas obligé de se baigner qu’ils acceptèrent la devise de la classe dehors, « par tous les temps ».
En maintenant cette activité, nous étions nous aussi sceptiques. Nous avions tort. Car, certes le froid était là, environ 13°C, et l’herbe mouillée nous obligea à utiliser les grands bancs en bois pour nous changer, mais ce fut un prélude intéressant du point de vue des sensations plantaires : chacun donna spontanément son point de vue. Puis, à l’entrée dans l’eau froide, très progressive dans un petit bassin de cinquante centimètre de profond, étonnement, plus des trois quart des élèves nous suivirent avec des expressions allant de l’effroi à la stridence en passant par la curiosité et le courage. Très fort contraste de sensation donc, qu’il ne fut même pas besoin de souligner, puisque à nous voir entrer dans l’eau, ce fut la curiosité qui l’emporta. Quelques courageux emportèrent simplement la décision et à part deux élèves, sentant tous le froid, tous firent taire leur sensations pour finir par plus s’échauffer en jouant que se refroidir dans l’eau.
Résultats
Il fut difficile ensuite de les arrêter, le petit bassin étant pourvu de nombreux jeux. Mais ceux-ci à moitié dans l’eau, nous pensions que passé un certain temps leur enthousiasme allait décroître.
Nous les fîmes donc revenir pour nous déplacer dans le grand bain, c’est-à-dire au toboggan et au vortex. Le déplacement se fit dans un petit vent froid qui ne donna lieu à aucune remarque.
Arrivés au grand bassin, nous avons rappelé qu’aller dans l’eau n’était pas obligatoire et fait deux groupes. À part deux personnes, tout le monde se baigna à nouveau avec visiblement du plaisir à le faire. Aucune remarque quant à la température de l’eau ne fut faite. Mieux, sur le toboggan, le froid lié au vent fut commenté ainsi : « il fait froid en haut à cause du vent, alors je cours … », puis sur le chemin du vortex : « vivement dans l’eau, elle est chaude. ». Enfin, quand nous dûmes partir, trois élèves rechignèrent à sortir de l’eau tant « elle est bonne ».
Finalement
Le sens du froid n’est pas sa sensation. L’eau avait 19°C. Elle parût froide à plusieurs élèves en entrant, même progressivement, dans le petit bassin. Puis, elle s’échauffa en même temps qu’ils s’y s’amusaient. La température de leur corps diminua pendant le changement de bassin et c’est pourquoi certains coururent. Ensuite, plus chaude que l’air, elle devint un lieu plus recherché que l’air.
La sensation du froid varie. Au XVIIIe siècle, des textes présentent la température idéale autour de … 16°C. Aujourd’hui, pour certains, vivre à 20°C est problématique. Faire l’expérience du fait que la sensation du froid est très variable, dépend du vent, du soleil, de l’activité physique, … peut permettre de retrouver raison en matière de chauffage des habitations.
Lors d’une classe dehors, la thématique de la cartographie a été abordée au moyen de la construction d’une carte sectorielle (voir les articles « Dehors cartographier » et « Dehors explorer »). Ce fut une activité entièrement à l’extérieur qui, s’étant déroulée sur deux séances à date fixée, a présenté le problème de la création d’une carte papier par temps de pluie. Par ailleurs, créer une carte est une activité complexe qui se déroule généralement en plusieurs étapes comme :
un parcours du terrain,
une représentation mentale de celui-ci en fonction de la thématique abordée,
une mise en place des éléments graphique de la carte,
un placement des points d’intérêts et généralement
la construction d’une légende.
À l’extérieur et avec les deux cartes sectorielles réalisées, ces points n’ont pu être abordés que rapidement.
La thématique des cartes étant l’un des objectifs de l’année en cours, il fallait y revenir en réabordant de manière approfondie chaque points.
Comme il se trouve que la cour avait depuis peu pris des allures quelque peu plus végétale que précédemment, le projet d’en faire une carte sensible s’imposa.
En abandonnant l’idée d’une carte sectorielle pour varier la forme et permettre toute liberté aux élèves de représenter la cours comme ils l’entendaient, nous avons repris les points ci-dessus.
À la fin de la seconde séance de cartographie (article « Dehors cartographier »), de retour au collège, nous avons demandé aux élèves de parcourir en silence une première fois la cour pour « la sentir ».
Puis, nous avons réalisé les cartes en deux demi-matinées.
Lors de la première, un quart d’heure a été mis à disposition des élèves pour reparcourir la cour avec pour objectif d’en identifier les lieux plaisants et déplaisants avec préalablement une discussion sur ces deux mots relativement aux sens, abordés notamment avec « Dehors : les sens » et « Dehors les mots des sens ». Que signifie plaisant ou déplaisant pour la vue, pour l’ouie, pour le toucher et pour les odeurs, à l’exception du goût ?
Puis, en rappelant que l’ensemble de la cours devait être représentée, nous leur avons demandé de dessiner cette carte plus par les éléments qui la composent que par leur dessin et cela sans couleurs.
Ensuite, nous avons discuté des moyens pour nous de savoir quels étaient les éléments pour eux plaisants ou déplaisants. C’est évidemment la couleur qui est ressortie avec des différences pour chacun qui nous ont menées naturellement à la notion de légende.
La mise en couleur fut alors réalisée avec en ligne de mire la légende pour certains, mais pas pour tous.
Pour insister, nous avons finalement présenté des cartes peintes ou dessinées au crayon disposant de légendes faisant parler la couleur.
Lors de la seconde, parce que certains éléments des cartes étaient mystérieux pour nous, nous avons parlé de toponymie en marquant le besoin de nommer certains lieux pour que chacun s’y retrouve plus aisément. Mais aucune consigne n’a été donnée pour spécifier certains lieux particulièrement et cela pour leur donner la possibilité d’utiliser le marquage selon leurs humeurs.
Analyse
Beaucoup d’éléments présents ou non sur les cartes sont intéressants.
Plus particulièrement, on peut se focaliser sur :
le type de représentation utilisée,
les légendes produites,
la représentation du collège,
la représentation des tables de ping-pong,
le terrain de foot et
les barrières.
Manquent à ces points une analyse des éléments propre à la végétalisation de la cour. Elle n’est pas présente parce que leur nouveauté rend malaisée une bonne analyse et parce ce que plusieurs de ceux-ci étaient inaccessibles aux élèves en raison des barrières. Comme on ne sait s’il le seront par la suite, il valait mieux attendre quelque peu.
Représentations utilisées
Les quatre cartes présentées ci-dessus sont caractéristiques de deux types de représentations cartographiques. Les deux cartes du haut sont des plans avec une vision zénithale, alors que les deux du bas sont des représentation en profondeur.
Il faut bien se garder d’y voir une évolution cognitive des enfants, tant aujourd’hui les modes de représentation cartographiques se distancient du dogme de la représentation zénithale. De plus, l’histoire montrant que de tout temps les représentations en profondeur sont non seulement présentes dans la cartographie adulte, mais interviennent dans la cartographie 3D actuelle, il faut plutôt y voir une pluralité de représentations du monde qui constituent toutes de la cartographie. On verra plus loin que ce point de vue n’est pas encore toujours bien accepté.
Quoi qu’il en soit, on peut remarquer entre ces deux types de représentation des différences colorimétriques importantes qui déplacent les exigences de représentation du dessin coloré au symbole nécessitant une légende.
Légende
On constate tout d’abord que les légendes réalisées présentent une très grande diversité.
Il est plus difficile ici de voir dans les représentations graphiques des stades de l’évolution des enfants dans un apprentissage de la cartographie, puisque la symbologie est une activité majeure du cartographe.
On peut donc louer les élèves qui, tout seuls, ont décidé d’utiliser un cœur pour ce qu’ils aimaient et, soit la couleur pour en présenter la gradation, soit le taux de remplissage de celui-ci ou, manière peu orthodoxe, mais oh combien compréhensible, de tracer, biffer, raturer ce cœur, pour manifester ce qu’il n’aimaient pas.
On peut aussi se poser des questions relativement à l’apparition de texte dans certaines légendes. Complément à priori bienvenu pour préciser ce qu’un symbole signifie, doit-il vraiment être là quand sur la carte il figure déjà et une symbolique colorée n’est-elle pas au final bien plus lisible ?
Par ailleurs, un élément non abordé ici, le château, doit-il vraiment être symbolisé ? La réponse à cette question n’est vraiment pas évidente, car il est un élément très important de la cour et lui donner dans la carte une représentation symbolique de petite taille nuirait certainement à la représentation que s’en font les élèves. On le comprend bien quand on le voit apparaître dans la légende non symbolisé, au côté de véritables symboles.
Le collège
Précisons d’emblée que nous avons demandé aux élèves de représenter la cour, sans autres précisions.
Les sept représentations du collège ci-dessus sont les seules des 19 cartes. Douze élèves ont donc choisi de ne pas représenter le collège.
Outre le fait d’aimer ou pas celui-ci, l’un d’entre eux y a fait figurer les matières enseignées et par leur couleur, ses préférences. Un autre manifeste clairement qu’il aime ses sorties. Deux autres, au milieu, lui font prendre une place qui fait plus du quart de la feuille et un, en haut à droite, le fait s’imposer sur plus de la moitié de la carte. Que penser enfin des deux représentations du bas, l’une entourée de barrières et l’autre à cœur vert ouvert … ?
Ping pong
L’intérêt est ici encore une fois non de constater l’évolution vers une symbolique (de gauche à droite), mais ce qu’on pourrait qualifier de « dépouillement » symbolique, au profit de quoi … ? Du texte, probablement. Cela permettrait de comprendre l’apparition, dans les légendes adultes, de texte aux côté des symboles. Le dilemme est évidemment la disqualification du dessin au profit du texte ou de la symbolique qui est manifeste dans l’histoire des cartes.
Terrain de foot
Sur 19 élèves, 14 ont représenté le terrain de foot. Quelques uns de ceux qui ne l’ont pas fait ont précisé que cela ne les intéressait pas. On peut postuler que c’est aussi le cas pour les autres.
De plus, 4 élèves ont précisé qu’ils aimaient ce terrain, 1 a noté l’aimer moyennement et 9 ont noté ne pas l’aimer.
En définitive, on peut donc constater que 14 élèves n’aiment pas ou se désintéressent du terrain de foot.
Il est intéressant de le noter pour une classe de 4e harmos, sans préjuger des réponses des plus grands pour marquer le fait que ce sport ne fait pas forcément l’unanimité.
Barrières
Se trouvent ci-dessus toutes les représentations des barrières contenues dans les cartes des 19 élèves. Six élèves les ont donc représentées. Certaines tailles ont été réduites, mais les deux plus petites sont telles qu’elles ont été présentées. Ainsi, on peut presque dire que seuls quatre élèves ont été sensibles à leur présence avec pour l’un un enfermement de toute la cour et pour un autre (milieu bas droite), une présence qui est presque celle de barreaux. Pour tous les autres, les barrières semblent ne pas avoir une vraie importance.
Prolongements
Le hasard a voulu que peu de temps après la réalisation de cette « Carte des émotions », les élèves soient évalués sur leur connaissances cartographiques. C’est un véritable hasard, car nous ne le savions pas préalablement.
Quelques mots sur l’évaluation qui mettent en lumière le travail réalisé, mais aussi les présupposés des évaluateurs, peuvent être formulés.
Tout d’abord, l’évaluation a porté sur une représentation cartographique zénithale avec une photographie satellite dont les éléments devaient être symbolisés sur une carte. On peut se demander si, pour des enfants dont le travail ci-dessus montre que ce type de représentation n’est pas naturelle, on peut se demander si c’était une bonne idée. Évidemment, les cartographes adultes occidentaux en souligneront la norme, mais on sait aujourd’hui la « normalisation » qu’elle représente par la publicité qu’elle donne à la cartographie occidentale.
Cela se traduit bien dans l’évaluation par le biais symbolique du test. En effet, ce qui ressort du travail précédent, c’est, non que la symbolisation n’est pas une activité évidente, mais qu’elle peut ne pas être adéquate à la représentation. La faible présence de symbolisation du château dans les cartes précédentes montrent que la décision des élèves de ne pas symboliser a un sens, le château étant en effet un élément important pour eux.
Or, dans le test figure une grille nominative des éléments à symboliser en regard desquels se trouve une petite case dans laquelle dessiner le symbole. Par sa petitesse, cette case contraint une représentation de type symbolique. Ainsi, chez des élèves précédemment portés sur le dessin des éléments du paysage à l’intérieur d’un grand espace cartographique, on force une symbolisation qui peut être à leurs yeux, comme au regard de la réalité, une erreur. Ainsi en irait-il du château symboliquement représenté par un élément ridiculement petit tant à leurs yeux qu’en réalité. Pour des cyclistes, par exemple, ce biais est présent sur des cartes adultes représentant, à certaines échelles, les routes dans une mesure disproportionnée sur des cartes officielles. La symbologie est alors génératrice d’effets pervers, comme ce pourrait être le cas de la surface libre de tout objet d’une cour d’école représentée exclusivement par des symboles.
Parmi d’autres, comme celui de l’utilisation du noir et blanc et de l’orientation, ce point marque à lui seul la problématique de l’évaluation des connaissances cartographiques pour des élèves de cet âge, dans le cadre d’une cartographie aux préjugés marqués.
Conclusion
Tant de choses auraient encore pu être analysées à travers la représentation cartographique libre des élèves. Soyons clair, la cartographie doit être aujourd’hui considérée plus comme un art que comme une science. Évaluer les connaissances des élèves à partir de celle-ci est un leurre, car nous avons au contraire à apprendre de leur manière originale de se représenter le monde, comme les cartographes des peuples non occidentaux, ont beaucoup à nous apprendre de leur connaissances cartographiques.
Une manière de cartographier le voisinage et plus même de se représenter le paysage est de le peindre. Il est même possible de le découvrir à travers ses habitants, végétaux ou animaux. Plus encore de les utiliser pour en créer la représentation.
Il s’agissait donc de découvrir le jardin à travers ses couleurs, par l’utilisation de la capacité des ses éléments à laisser une trace non seulement dans la représentation imaginaire des élèves, non seulement dans leur représentation visuelle dessinée, mais aussi par le choix des couleurs. Choix qui fut, pendant la moitié de la période, exclusivement celui de pigments floraux ou terreux. La conservation de la trace par le dessin devait ainsi se faire à l’aide de la couleur même de la trace. Ainsi, une prairie devenait plus que verte, elle palissait de la difficulté à reporter son vert par frottement de l’herbe sur la feuille de dessin. Ainsi, une prairie n’était plus multicolore parce qu’y trouver du rouge n’était pas si facile et le reporter quasiment impossible.
Travaux pratiques
Deux feuilles A5 ont été distribuées aux élèves sur un carton à dessiner.
Pendant une grande première demi-heure, ce fut tout. Mission leur était donnée de « trouver des couleurs » pour peindre la prairie directement sur les feuilles.
Puis, des crayons de couleur furent mis à leur disposition uniquement pour « souligner les éléments » de leurs dessins.
Résultats
La recherche de pigments colorés fut un véritable jeu. C’était à qui avait trouvé telle couleur, à qui pourrait en fournir aux autres. La prairie n’était plus faite de fleurs, mais de couleurs : « j’ai du jaune », … « il est un peu pâle », … « frotte plus », … « comment on fait du brun », … « prend de la terre », « oh, j’ai trouvé une pelure de mandarine », … « de l’orange, donne », … « arg, cela fait du jus », … « qui a trouvé du rouge ? », …
Les dessins-peintures réalisés :
Finalement
On voit sur les œuvres réalisées que la variété des couleurs disponibles était importante. Si elle a permis d’illustrer un moment particulier passé au jardin avec les plantes, elle nous a aussi ouvert à la découverte de la couleur et plus particulièrement des ensembles de tons : bleu-violet-océan-azur, vert-jaune-rose, … qui sont caractéristiques de cette période. Par contraste, elle a aussi permis de constater l’absence de rouge. Les baies des bois n’étaient pas présentes en cette belle matinée de … printemps.
La prairie
Pigments naturels avec un contraste relevé par centrage des tons (gamma). Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
Suite à la précédente sortie, l’objectif était de demander aux élèves de réutiliser la carte réalisée alors pour ré-explorer leur environnement grâce à celle-ci. L’idée était d’attribuer à chaque groupe un secteur qu’il n’avait pas décrit lui-même, puis de le lui faire parcourir sur la carte pour en envisager les éléments qu’il allait y rencontrer et enfin d’en trouver six autres à ajouter à la bonne place sur la carte.
Préliminaire
Malheureusement ou bien heureusement, la pluie s’en est mêlée. Dès notre déplacement vers le parc, il est devenu évident qu’il ne serait pas possible d’utiliser la carte sous la pluie, le choix du point central de la carte n’étant pas couvert (voir sortie précédente).
Nous avons donc modifié notre projet en nous arrêtant dans le parc précédant Gallet, celui des Crêtets où un couvert particulièrement intéressant s’est présenté : le grand kiosque des Crêtets.
En même temps, la précédente carte couvrant un autre lieu, celle-ci devenait obsolète. L’idée a été d’utiliser son dos pour reproduire de nouveaux secteurs et cartographier les alentours du kiosque.
Travaux pratiques
Le travail à réaliser a donc été le même qu’à la sortie précédente, excepté que le lieu était différent et surtout que nous sommes passés d’une carte de mots à une carte de symboles. En effet, nous avons demandé aux élèves de dessiner les alentours. Plus précisément de faire un dessin des éléments qu’ils rencontraient tous les dix pas en expliquant qu’il ne s’agissait pas d’être le plus précis possible, mais de permettre aux autres de comprendre leurs dessins. Le mot « symbole » a été brièvement expliqué.
Les explications données pour la précédente carte quant à ce que signifiait le centre de la carte, soit la position où elle se trouvait physiquement placée, n’ont pas été rappelées, pas plus que la signification des secteurs dont seule la direction a été mentionnée.
Résultats
Une grosse surprise est assez rapidement apparue : la position des élèves autour de la carte et la forme des secteurs en triangle dont le sommet pouvait facilement représenter un point de fuite éloigné, a mené certains élèves à inverser la suite logique des éléments découverts depuis les plus proches aux plus éloignés en plaçant les premiers au bord de la feuille et les plus loin proches du centre de la carte. Cette logique très pertinente de leur point de vue ne nous est pas apparue immédiatement et constitue pour nous la découverte du jour : le point de vue de l’observateur n’est pas évident. On pourrait presque y voir le rappel du célèbre problème posé par le point central des représentations cartographiques réalisées sur différents continents qui présente parfois l’Europe au centre, parfois la Chine, parfois l’Amérique, etc.
La carte finale présente donc sur certains secteurs une confusion ou des rature liées à ce problème dont nous avons parlé ensuite avec les élèves.
La seconde carte réalisée par les élèves :
La carte finale
Écrire uniquement avec des crayons verts n’a pas été facile.
Dernier élément abordé, un peu malgré nous, face aux difficultés à comprendre certains dessins réalisés : la légende. Lors de la présentation par chaque groupe des élément reportés sur la carte sont apparues les difficultés des autres groupes à les comprendre. Nous avons donc abordé l’idée d’une légende de ceux-ci et demandé de tenter d’en réaliser une tout en sachant que cet élément étant complexe, il devait être repris par la suite en classe lors d’une cartographie de la cour d’école.
Il faut relever une intense participation de tous les élèves, sans exception. Il est assez remarquable que le mélange de découverte physique du voisinage du kiosque, d’un travail en groupe assez indépendant et de l’envie de se faire comprendre via les symboles et la légende, ait été aussi mobilisant.
Post-liminaire
Pour préparer la prochaine demi-matinée en classe sur la cartographie, de retour dans la cours d’école une petite dizaine de minutes avant la sonnerie, nous avons demandé aux élèves de parcourir celle-ci en silence dans le but de la ressentir pour s’en souvenir au mieux.
Découvrir son environnement n’est pas seulement le voir, puis le regarder. Le comprendre passe aussi par se le représenter. Quoi de mieux pour cela que des paroles, des dessins, des mots, voire des chiffres. Mettre ensemble tous ces éléments, c’est cartographier son voisinage.
Mais, cartographier s’apprend. C’est une opération spatiale autant qu’artistique. Pour sensibiliser les élèves à la cartographie, nous avons décidé de réaliser trois étapes menant à une cartographie d’un lieu connu, le parc Gallet. Ces trois étapes sont :
le recueil des données sur le terrain,
le report de celles-ci sur une carte et
la lecture de celle-ci.
Préliminaire
Pour aborder la notion de carte, dans un premier temps, nous avons repris une idée décrite dans l’ouvrage « L’école de la forêt » (Ulmer) où est décrite la réalisation d’une carte sectorielle. Celle-ci est découpée en autant de secteurs qu’il y a de groupes, soit pour neuf groupes de deux élèves, neuf secteurs de quarante degrés chacun.
Pour chaque groupe, il faut alors découvrir un secteur en le parcourant vers l’extérieur pour y trouver six éléments du paysage (trois par élève). Puis pour chaque élément découvert, le nommer, retenir son nom, revenir le positionner au mieux sur la carte et l’écrire explicitement.
Travaux pratiques
Le parcours du paysage devait donc se faire en ligne droite. De plus, nous avons demandé de découvrir un élément du paysage tous les dix pas pour forcer le déplacement.
Les élèves ont très bien joué le jeu, allant, comptant (mesurant), relevant et revenant remplir la carte dans leur secteur. Cependant, évidemment, il leur a été difficile de suivre une ligne droite, tant les obstacles étaient nombreux. Certains ont eu des difficultés à compter jusqu’à soixante, alors que d’autres étaient fiers d’avoir compris qu’il fallait retourner au point précédent pour ensuite ne compter que dix pas. Enfin, certains avaient les pas modestes, alors que d’autres sautaient comme des géants fiers d’aller le plus loin possible.
Résultats
La première carte de mots créée de toutes pièces par les élèves.
Cette carte fut très intéressante à réaliser. Non seulement c’est une vraie carte et nous allons l’utiliser dans une seconde séance pour faire découvrir à chaque groupe ce que les autres ont trouvés, mais c’est une carte de signes particuliers : des mots. Pas faciles à trouver, pas facile à écrire et pas faciles à répartir sur la carte. Nous nous y attendions et allons revenir sur le problème de la position des éléments en fonction de la distance lors de la prochaine sortie. Mais, il s’agissait d’un préalable constituant une excellente introduction à la construction de carte, une introduction qui non seulement permettra d’apprendre à lire les cartes, mais sera le préalable à la construction de cartes faites de signes autres que les mots.