Dehors « Apprendre »
- Date : 24 mars 2026
- Lieu : Muzoo
- Nombre d’élèves : 19
- Niveau : quatrième Harmos
- Temps : ensoleillé
- Temps de travail : env. une heure
Objectifs
Sensation d’apprendre. Généralement le cadre des apprentissages est celui de la classe, un lieu clos et sécurisant, mais aussi fermé et peu naturel. On y a le sentiment d’apprendre, mais y a-t-on la sensation d’apprendre ? Apprendre est trop souvent aujourd’hui un acte qui écarte la sensation ou les sensations qui coexistent simultanément à l’acquisition de connaissances. Pourtant, si ces dernières sont au cœur des musées, par exemple, leur capacité à captiver va de pair avec les multiples sensations qu’ils offrent pendant leur visite : craquement des parquets, odeur des collections, éclairage des vitrines, etc.
Au sein du Muzoo, il s’agissait de réunir sensation et apprentissage, de permettre au élèves d’associer des connaissances à un environnement de leur choix, tout proche d’eux et qui engageait leurs sens.
Préliminaire

Ce fut la lecture du livre « Pourquoi les éléphants aiment-ils tant leur trompe » (Larousse).
S’agissant d’une histoire où le nez d’un éléphant devient une trompe parce qu’un crocodile l’allonge en tentant de s’emparer du pachyderme, on est au cœur d’une sensation physique liée à un apprentissage.
Non seulement on questionne la raison d’une trompe et, par là même, son évolution (pourquoi leur appendice nasal s’est-il développé), plutôt que le seul constat de sa présence, mais on lie cette question à une cause sensible et à des avantages évolutifs, tels le fait de pouvoir boire à l’aide d’une sorte de pompe ou de pouvoir atteindre les feuilles des arbres pour se nourrir.
Ce récit a aussi permis de présenter un animal à trompe courte : le tapir, plus proche des rhinocéros que des éléphants, mais ressemblant fortement au Moeritherium, ancêtre des éléphants.
Travaux pratiques
Pour souligner l’association entre l’acquisition de connaissances et la perception des sensations liées au lieu d’apprentissage, c’est une activité de mémorisation d’un poème qui a été choisie. En cette fin d’hiver et par un temps ensoleillé, il était aussi intéressant de choisir un poème lié à la saison du printemps.

Il a été demandé aux élèves de mémoriser ce poème en prenant le temps de choisir un lieu qui leur plaisait, peut-être un refuge, peut-être un banc ou un lieu ensoleillé, à l’exception des jeux présents aux alentours. Prendre le temps de choisir, mais aussi prendre le temps de mémoriser comme il leur plaisait ce poème.
Résultats
Rendre compte d’un apprentissage personnel, dans un environnement choisi par l’élève n’est pas chose facile. Plusieurs constats peuvent tout d’abord être faits :
- Pour quelques personnes, choisir un lieu ne fut pas facile, en raison de la présence des autres, mais aussi parce que le calme de certains lieux n’était pas présent. Il faut dire que d’autres enfants que leurs camarades étaient présents dans le parc.
- Une moitié des élèves a choisi un lieu très abrité, comme sous un banc, sous une table, à l’abri d’un arbuste ou réellement à l’écart des autres. Aucune consigne n’avait été donnée quant au choix du lieu. C’est intéressant de noter que dans le cadre de sorties en extérieur, beaucoup de lieux de ce type sont disponibles, contrairement aux cours d’écoles ou les lieux protégés au sein d’une grande quantité d’élèves ne sont pas monnaie courante.
- Les surfaces choisies par les élèves ont été de nature très diverses : assis sur une table en pierre, dans la terre sous la table, sur un banc en bois, directement sur l’herbe, mais aussi un tapis d’aiguilles de conifères, du goudron ou le sol souple au pied des jeux.
Quant aux méthodes d’apprentissage et surtout à la liaison avec les sensations, il est très difficile de s’en rendre compte. En effet, non seulement les questionner à ce sujet mène systématiquement à la description de méthodes apprises, mais leur demander d’en parler et même s’approcher d’eux perturbe fortement leur travail. S’ils semblent alors très à l’écoute des questions qu’on leur pose, on sent cependant nettement qu’on les dérange.
Il faut remarquer dans ces courts extraits que l’idée de retourner la feuille est une technique adaptée à la classe. Plusieurs élèves l’ont utilisée de manière problématique, un ennuyeux « petit vent » la retournant sans cesse s’ils la déposaient à côté d’eux. Par contre, mémoriser en fermant les yeux, même si elle évite que la feuille ne s’envole, est une technique qui n’a pas été utilisée. Se rendre compte, par l’épreuve concrète des problèmes techniques soulevés par certaines techniques, que d’autres manières de mémoriser existent est un plus des sorties hors de la classe.
Mais, il faut aussi remarquer que l’« ennuyeux petit vent » n’a jamais, ni chez les élèves, ni chez les enseignants, fait technique. Ni d’ailleurs la fin de la première strophe du poème. Car, si « profiter du beau temps » nous a peut-être permis de mémoriser les trois premières lignes, personne n’a mentionné que l’« ennuyeux petit vent » pouvait permettre d’apprendre la quatrième. Encore eut-il fallu comprendre qu’une négation pouvait être utile. De la même manière, il semble que s’amuser et/ou s’ennuyer sur place n’ait pas fait sens.
Deux exemples d’élève récitant son poème sans le lire :
Finalement
S’il est difficile de dire dans quelle mesure les sens influencent la manière d’apprendre – les élèves étant soit formaté par les méthodes utilisées en classe comme retourner la feuille plutôt que de fermer les yeux, soit enclin à donner une réponse qu’ils savent être compatible avec ce que l’enseignant attend et à ne pas mentionner l’utilisation du cadre extérieur pour mémoriser – il est certain que les enseignants eux-même ont éprouvé des difficultés à changer de méthodes. En effet, si le contenu même du poème a bien été choisi pour être compatible avec une sortie printanière, ce n’est que pendant l’activité de mémorisation que les liens directs, pourtant évident, avec les éléments extérieurs (beau temps, petit vent, s’amuse gaiement et s’ennuie rarement) sont apparu comme pouvant faire méthode de mémorisation.
Enfin, on peut aussi retenir qu’à la proposition d’enregistrer chaque élève récitant le poème, aucun n’a eu de véritable crainte, même en étant dehors face à un public de quelques personnes extérieures à la classe. Mieux que cela, à la proposition de réciter le poème tous ensemble, tous ont répondu positivement.
Un « concert » de printemps :










































































